Ces élèves (qui) nous élèvent

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[Catherine Raucy] Itinéraire d'une élève et d'une amie

Je retrace ici l'itinéraire d'une ancienne élève devenue professeur de français, puis étudiante en théologie.

En 2001, j'étais professeur de lettres en classes préparatoires, et j'ai fait votre connaissance quand vous avez commencé votre année d'hypokhâgne. Vous étiez alors assez réservée, plutôt timide à l'oral, mais je vous ai vue évoluer, gagner peu à peu en assurance. J'ai été nommée en khâgne l'année suivante, et j'ai pu constater vos progrès ; vous étiez alors spécialiste d'anglais. L'année d'après, vous avez choisi de faire une troisième année, et je vous ai convaincue de la faire en spécialité lettres modernes, car j'appréciais la finesse de vos analyses et votre réel intérêt pour la littérature. Cette double compétence, en anglais et en lettres, vous a permis ensuite de poursuivre vos études en Angleterre, puis de faire une thèse en littérature comparée. Entretemps, vous aviez passé le CAPES de lettres modernes et tenté l'agrégation, et vous étiez devenue professeur de français en banlieue parisienne.

Pendant ces années d'études et de travail, j'ai pu garder contact avec vous, à des intervalles irréguliers, mais j'étais toujours heureuse de vous voir et de vous entendre me raconter vos recherches ou vos conditions de travail. Je vous trouvais à la fois très investie et posée, avec un certain esprit critique, ce qui vous permettait de voir ce que le métier de professeur a de stimulant, mais aussi ses difficultés au quotidien. Et j'étais fière d'avoir formé, avec vous et avec ceux de vos camarades qui ont suivi la même voie, une partie de la nouvelle génération.

Un jour, vous m'avez annoncé qu'après dix ans de professorat vous aviez l'impression d'avoir fait le tour du métier, et que vous vouliez changer de voie et vous orienter vers la théologie et la formation pastorale. Je savais que vous étiez croyante, et que vous suiviez les activités d'une paroisse épiscopalienne à Paris. J'ai moi-même reçu une éducation religieuse protestante, mais cette décision m'a troublée, et presque inquiétée, un peu comme si vous étiez ma fille : je craignais que vous ne vous engagiez dans une voie trop austère, et que cet engagement ne soit dur à tenir. Les courriers que j'ai reçus de vous pendant vos années de formation en Angleterre et aux États-Unis m'ont rassurée : vous y montriez toujours cet esprit réfléchi qui vous caractérise, mais aussi une joie d'approfondir ce qui vous tenait à cœur. Et je dois dire aussi, un peu sottement, que j'ai été rassurée quand vous m'avez appris que la voie dans laquelle vous vous engagiez n'impliquait pas le célibat : il me semble en effet que vous avez toutes les qualités pour rendre heureux le compagnon que je vous souhaite de rencontrer un jour.

Je ne suis pas croyante moi-même, mais je suis suffisamment informée pour comprendre les raisons qui vous ont poussée vers ce choix. Les études vous ont apporté la richesse intellectuelle, et le métier de professeur le plaisir de la transmission. Je pense que la fonction de pasteur pourra vous apporter ces deux choses, mais aussi vous donner ce dont vous avez besoin sur le plan spirituel. Je ne partage pas vos convictions, mais je peux vous comprendre, et je serai heureuse de continuer à suivre votre parcours, de près ou de loin.

Je vous embrasse très amicalement.

Catherine Raucy

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Cartographie des DSDEN de l'académie

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