Ces élèves (qui) nous élèvent

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[Quatre professeurs du lycée franco-hellénique Eugène Delacroix, Athènes] Leçons d'admiration et d'humilité

A l'étranger comme en France, des élèves nous font aller toujours plus loin.

Maryse FRAYSSEIX-SHAWWAH, professeur de Lettres modernes, FLE et FLS

Marquée par des élèves ? Un nombre incalculable de fois...
Cet élève qui venait d'Afrique, où il avait été scolarisé "chez les Sœurs", et qui me saluait au garde-à-vous. Cet autre, dyslexique au dernier degré, et qui a écrit une rédaction de brevet où il se moquait des remarques des professeurs dans la marge (« Anachronisme !!! »). Encore un autre qui, souffrant de dystonie, en Français langue seconde et dans le cadre d'un concours, a entrepris de traduire entièrement le carnet de bord de son grand-père marin...

Mais surtout à Beyrouth, ces deux élèves de 2nde qui ont écrit une nouvelle intitulée « Le Siècle », dans laquelle ils essayaient, à deux mains, de comprendre la guerre en Syrie. Ce texte était tellement fort que la proviseure a douté un instant de son authenticité et a dû demander l'aval de l'Ambassade de France pour le publier.
Alors oui, ces élèves contribuent à notre évolution : ils m'ont permis de repousser les limites de ce à quoi on s'autorise, ils m'ont appris qu'on peut tout demander, tout exiger.

Et après avoir lu, accompagné, corrigé leurs écrits, je me sens tout à fait incapable de les imiter.

François BOURGUE, professeur de Lettres / Théâtre

Oui,

Tous les jours

Les élèves me marquent.

Il me revient à l'esprit un groupe d'élèves. Au cours d'un débat visant à sélectionner le livre qui remportera un prix littéraire et sera lu pendant la « Nuit blanche de la lecture », ces élèves font le choix d'écarter un de leurs coups de cœur sous prétexte que cet ouvrage est trop court et que la lecture intégrale prévue par la suite ne durera pas toute une nuit.

Surpris : par la maturité, l'enthousiasme pour la lecture et l'envie de ces élèves.

Oui,

C'est au contact des élèves que j'apprends, je grandis, je modifie ma façon de voir les choses, je me remets en question...

Benoît QUESNÉE, professeur de Lettres

Alors que j'enseignais encore en France, une élève redoublante, issue d'un milieu social défavorisé, citait les Moralistes du 17ème siècle comme s'il s'agissait du titre d'un recueil. Elle m'a fait prendre conscience de l'écart entre sa curiosité et son absence de maîtrise des codes de la dissertation.

Plus généralement, les élèves ayant des troubles d'apprentissage changent le regard que nous portons sur notre métier d'enseignants.

Catherine BRET, professeur de Lettres modernes

L'élève qui m'a le plus marquée - et tordu le cœur - se prénomme M. Il a déjà deux ans de retard quand je le rencontre en 5ème. Petit de taille, il souffre de graves troubles de l'apprentissage, rendus plus terribles encore par la violence de son père. M. a régulièrement des bleus, qui révèlent la manière la plus efficace qu'a trouvée son père de s'impliquer dans son éducation.

Nous sommes en Arabie saoudite. Le père a tous les droits ; l'école, celui de se taire. Le proviseur, alerté et consterné, hésite. L'année dernière, une famille n'a pas apprécié qu'on lui signale que la maltraitance n'était pas une solution. L'enfant a été retiré de l'école. Il continue à être battu et n'est plus scolarisé. En attendant, M. est perdu en classe, à la maison. Il se rêve footballeur ou médecin, atteint la fin de la scolarité obligatoire, quitte l'école sans formation.

Que pense-t-il de ce que nous avons fait ou pas fait pour lui ? Me reste au cœur le sentiment de ne pas avoir su agir comme il aurait été juste...

Alors oui, M. m'a marquée et fait évoluer vers plus d'humilité.

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Cartographie des DSDEN de l'académie

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