Ces élèves (qui) nous élèvent

Partager cet article

[Serge Albohair] Des enfants pas comme les autres, peut-être supérieurs même.

Accueil en SEGPA d'un élève présentant des troubles autistiques.

Un souvenir: j'ai eu dans ma classe, de la cinquième à la troisième, en mathématiques et S.V.T., un élève nommé Chris (appelons-le comme ça).

Son adaptation à la vie au collège n'a pas été simple, se déplacer dans de grands espaces toutes les heures ou toutes les deux heures, la récréation, la demi-pension, avec plusieurs centaines d'autres élèves ! Épreuve terrible qu'il a petit à petit surmonté à l'aide d'une A.V.S. (auxiliaire de vie scolaire). En revanche, pas d'A.V.S. en classe, Chris était un élève parmi les autres élèves, il m'a juste fait comprendre qu'il ne voulait personne à côté de lui, la même place à raison de 6 ou 7 heures par semaine pendant 3 ans. Nous avons tout de suite eu de bons contacts, respect, politesse (il m'a juste dit « Ta gueule » deux fois en trois ans, c'est rien !), humour, travail.

Trois années de partage et de complicité, trois années où à chaque fin de cours, chaque jour, il venait me demander un bonbon à l'anis (je n'avais pas intérêt à en manquer). Trois années où je l'ai vu grandir dans ses beaux pulls en laine de toutes les couleurs tricotés par maman. Trois années à me demander si la nourriture intellectuelle apportée était suffisante au regard de ses capacités ( je crois qu'il a eu une moyenne de 15 ou 16 en mathématiques à chaque trimestre). Trois années à apprendre à interpréter son attitude face au travail demandé, à interpréter ses regards ; lorsqu'il me regardait par-dessus ses lunettes, c'est qu'il était contrarié ou mécontent, contrarié quelques fois devant la difficulté des apprentissages (il suffisait d'une petite aide de ma part et tout repartait), mécontent quelques fois de mes exigences de travail, comme expliquer ou développer par écrit une démarche mathématique menant à un résultat, qu'il avait juste mais brute, genre « T'as ton résultat, j'ai compris ton truc, c'est bon, ne me demande pas de me justifier ». On l'a tous fait.

Lors des phases de travail collectif, à une question restée sans réponse, Chris, in fine, nous sauvait souvent la mise, difficile pour lui de dire, il suffisait de l'envoyer au tableau pour avoir le raisonnement écrit (suites opératoires).

Sa présence exerçait sur le groupe un effet modérateur, et je confirme que, sans pouvoir l'analyser vraiment, finement, la concentration et l'attention (dans les deux sens du terme) de l'ensemble du groupe se sont accrues sensiblement. De plus, sa présence m'a obligé instinctivement à un effort de clarté dans le vocabulaire choisi, de reformulation des consignes ou explications, un débit et une hauteur de voix plus maîtrisés, effort profitable à tous.

J'ai reçu, au début de cette année, une lettre de sa maman : Chris est en formation dans les domaines horticole et vinicole.

Je pense souvent à lui et reste très attentif aux politiques menées pour ces enfants hors normes.

Serge Albohair

Partager cet article
  • Imprimer
  • Réduire / Agrandir

Cartographie des DSDEN de l'académie

Cartographie des DSDEN de l'académie