Ces élèves (qui) nous élèvent

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[Chrysta Pélissier] Compétences transversales dans le Bachelor Universitaire de Technologie

Les élèves nous questionnent sur les compétences à enseigner

En septembre 2021, les Diplômes Universitaires Technologiques (DUT) vont disparaitre au profit du Bachelor Universitaire de Technologie (BUT) dont la spécificité est que les contenus de formation seront présentés par compétences. Dans l'optique d'inciter les enseignants à modifier leurs pratiques pédagogiques, j'ai décidé, en tant que chargée de mission qualité à l'IUT de Béziers, d'organiser des ateliers d'échanges avec les étudiants (DUT première et seconde année, Licence Professionnelle et formation par apprentissage) pour qu'ils expriment les compétences qui leur semblent utiles pour intégrer au mieux le monde professionnel après l'obtention de leur diplôme. L'enjeu est de poser une réflexion pédagogique collective (étudiants, enseignants et professionnels du privé) qui permettra aux enseignants d'être motivés par les nouveaux contenus proposés par le ministère sous la forme de socles de compétences (à partir de septembre 2021).

Lors de cet atelier, huit étudiants issus des différentes formations dispensées à l'IUT de Béziers ont bien voulu nous exprimer leurs attentes en matière de compétences et quatre enseignants ont souhaité participer aux échanges (sur la base du volontariat). Le but de cet atelier était de constituer une première entrée en la matière en faisant naître une intelligence collective autour de la question des compétences afin d'une part, de spécifier les différentes représentations de cette notion par les différents acteurs (étudiants, enseignants et professionnels) et d'autre part, d'accompagner la création d'un ou plusieurs outils méthodologiques à destination des enseignants d'aide à la mise en place de l'approche par compétences à l'IUT.

L'atelier s'est composé d'une première partie au cours de laquelle le service qualité a rappelé le cadre réglementaire et européen de certification ainsi que les objectifs de l'atelier (mener une démarche collective sur cette « mise en compétences » des contenus de cours), une seconde de brainstorming à l'aide de la méthode Post'it pendant laquelle les intervenants, selon leur statut, devaient répondre à une question en se mettant à la place d'un autre acteur (ex : les enseignants et les professionnels se sont mis dans la situation des étudiants pour répondre à la question « Sur quelles compétences, les étudiants souhaiteraient-ils être évalués et formés ? »), les étudiants dans la situation des enseignants puis des professionnels à partir de la question :

« Sur quelles compétences les enseignants souhaitent-ils former et évaluer leurs étudiants ? et les professionnels souhaitent-ils recruter ? ». Enfin, au cours de la dernière partie de l'atelier les réponses inscrites sur les Post'it ont été restituées et confrontées à l'avis des principaux intéressés.

Lorsqu'on demande aux enseignants pourquoi ils souhaitent participer à cet atelier, l'un dit « C'est les étudiants qui doivent nous dire comment ils souhaitent apprendre car moi cela fait bien longtemps que je ne suis plus étudiant », et un autre énonce « Je me dis trop souvent que je ne parviens pas à leur transmettre le savoir. Je n'arrive plus à communiquer avec eux ».

Au cours de l'atelier les étudiants ont exprimé leurs envies d'être formés à l'autonomie, ainsi qu'à travailler en équipe de manière à s'intégrer rapidement aux personnels et activités de l'entreprise.

À l'annonce de ces envies de formation, certains enseignants ont été surpris. Ils ont formulé : « Je n'aurais jamais pensé qu'ils ne se sentaient pas à l'aise et qu'il fallait que je les forme à l'autonomie ». Un second dit : « Je ne sais pas comment faire ça mais je comprends leur malaise. Ils n'ont que 19 ans ». Et un troisième : « doit-on vraiment former à l'autonomie quand on est à Bac +2 ? ». À la surprise des enseignants face à ce besoin de formation s'ajoutent des interrogations sur la manière de former à l'autonomie.

À la fin de l'atelier, ces mêmes enseignants formulent « je crois que cela ne va pas être facile à mettre en place car c'est une chose qui aurait dû commencer au lycée ». Un autre enseignant ajoute : « est-ce vraiment à nous de les former à l'autonomie ? ou est-ce qu'ils l'apprendront plus tard, en entreprise ? ». Tout se passe comme si les enseignants se sentaient désemparés face à l'annonce du besoin de formation à l'autonomie des étudiants. Pourtant les enseignants connaissent et reconnaissent les difficultés des étudiants (surtout de première année) à devenir autonomes face à des tâches qui demandent des capacités à gérer son temps, à collaborer, à faire des recherches seuls, à formuler clairement un problème, etc.

Enfin, en dehors de l'atelier, j'ai demandé aux enseignants ce qu'ils avaient retenu de l'expérience à laquelle ils avaient participé. Les enseignants sont unanimes : « un éclairage de la situation ». Ils disent connaitre les difficultés mais cela leur a permis de les entendre.

Ils expriment avoir compris que leur métier de transmetteur de savoir n'était plus d'actualité mais qu'il fallait « trouver des activités plus adaptées, faire preuve de créativité ». L'un d'eux dit même : « Ils nous poussent à nous questionner, collaborer entre nous afin de leur offrir des espaces de formation différents, mieux adaptés à leurs besoins professionnels ». Par ces commentaires, on peut voir que les enseignants ont envie de se remettre en question et entrevoient déjà des pistes d'amélioration.

Cependant, notons que l'innovation pédagogique à l'IUT de Béziers est un sujet récurrent. Les quatre enseignants qui ont souhaité participer aux échanges avec les étudiants proposent déjà des aménagements dans leurs pratiques pédagogiques et cela depuis plusieurs années : ils proposent des escape game, des approches par projets, des classes renversées/inversées et sont souvent partant pour présenter leurs retours expériences à d'autres (lors de rencontres pédagogiques IUT ou lors de conférences sur les enjeux de l'innovation pédagogique). Les commentaires que ces enseignants formulent, leur participation à cet atelier et leur présence sur le terrain de la diffusion des expériences menées, soulignent leur investissement et leur engagement face à un changement qui leur semble nécessaire et dans lequel ils se sentent déjà investis.

Chrysta Pélissier

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Cartographie des DSDEN de l'académie

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