ECRI'20

Partager cet article

Copie de [GIGLIO Marianne] Peurs

Texte inspiré par le sujet de l'épreuve

Il ne voulait pas connaître la peur, tout le monde ne parlait que d'elle, jamais en son nom, toujours un tas de périphrases la contournait, l'empêchait de vraiment s'installer dans les reliefs montagneux des mots, elle était haut perchée comme en haut d'un toit duquel on ne voulait pas dégringoler.

Il ne voulait pas lui céder, pas la laisser croître dans son corps comme une mauvaise herbe qui se serait décuplée envahissant toutes les parois veineuses à l'intérieur de son sang.

La peur, c'était cette impuissance de ne pas faire, de ne pas être, de subir le monde, d'être une grande maison glaciale traversée par les vents, une maison de cafards et d'oublis.

Lui, il voulait surtout ne pas penser à elle, dézinguer tous les fantômes qu'elle traînait au beau milieu de champ de mines, l'évacuer à coups de rouleau compresseur. 

L'hiver était pâle, sordide, glacial, un hiver qui paralysait les forces vives du courage, un hiver duquel il fallait sortir de quelque manière que ce soit, le monde l'attendait, lui lançant des milliers de choses à faire pour ne pas se laisse reprendre à la maladie de la peur.

Il pensait à eux là-bas enfermés à battre le pavé dans tous les sens, à eux qui ne se plaignaient pas. Ils lui en donnaient des tonnes de courage, de pas désarmer au beau milieu du combat, de ne pas céder, jamais, même si la mortelle résignation devait vous emporter, toute leur vie était appel d'amour et de vie, appel tout gorgé de plaintes et d'émotions, appels qui n'étaient ni cris de victoire, ni défaite, ni humilité, ni pardon. Des corps dressés à toute présence tangible. Un appel désespéré et téméraire.

Partager cet article
  • Imprimer
  • Réduire / Agrandir

Cartographie des DSDEN de l'académie

Cartographie des DSDEN de l'académie