ECRI'20

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[DELMAS Colette] Une bombe dégoupillée

Dire le départ avant une hospitalisation longue, dire le fait de laisser ses enfants dans des conditions difficiles.

Une bombe dégoupillée. Le soir, le parking, sa voiture, les enfants. Derrière moi, la clinique. Il crie mon prénom et cette phrase : " Ça va t'exploser à la gueule." Il est à quelques centimètres de moi. Je ne lui réponds pas parce qu' il n'y a rien à répondre, qu'à attendre que cela explose, une fois de plus. Moi, nous, les enfants. On ne sait pas ce que c'est que de laisser ses enfants. Je ne leur ai rien dit. C'est leur père qui leur a expliqué que j'allais être hospitalisée. Le matin, avant leur départ pour l'école, il y a le grand portail blanc que l'on ouvre, puis, leurs mains qui s'agitent pour me dire au revoir à travers la vitre arrière de la voiture. Moi, debout, derrière, sur le chemin. Ce pourrait être un matin comme les autres. Leurs mains, leurs visages que je ne vois pas, lui qui démarre. Et pourtant, c'est comme s'ils étaient emportés loin de moi, comme si c'était eux qui partaient. Je ne me souviens pas les avoir embrassés, mais je l'ai fait. Aujourd'hui, il ne me reste que des flashs, le saladier transparent posé sur la table de la cuisine. Je leur avais préparé un plat qu'ils aimaient, avant de partir, le portail à demi-ouvert. Le moment où je rentre dans la maison, après leur départ, je ne m'en souviens pas. C'est seulement eux, leurs mains, la dernière chose que j'ai vue, qui reste, parce qu'elle disait le lien, qu'il y avait avec moi.

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Cartographie des DSDEN de l'académie

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